Le port de Mariel se rêve en hub des Caraïbes

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Cela fait 35 ans que son entreprise travaille avec le gouvernement cubain. Autant dire que lorsque la zone franche de Mariel a été inaugurée en 2015, à 40 kilomètres de La Havane, Benoit Croonenberghs s’est précipité pour y installer ses activités d’électronique et de logistique.

« Nous avons été la première entreprise étrangère à nous implanter à Mariel, tout le monde est venu nous demander des conseils!», explique fièrement cet entrepreneur belge, qui dirige trois entreprises dont deux sont à Mariel. Face à la mer, ses entrepôts flambant neufs sont bordés de terrains vierges – «il y aura bientôt des Brésiliens ici, indique-t-il en montrant du doigt un terrain grillagé, brulé par le soleil. Ils feront des cigares et des cigarettes».

Inaugurée en 2014 après des années de retard, Mariel se veut le porte-drapeau de  l’ouverture de l’économie cubaine façon Raul Castro . Conçue pour attirer les capitaux étrangers, elle offre aux entreprises des avantages fiscaux pendant dix ans.

Les entreprises ne sont en outre pas contraintes de former des coentreprises avec une entité cubaine. « Mariel a vocation à être le Guangzhou de Cuba », résume Gregory Biniowsky, avocat chez Gawling WLG. Toutes les délégations de patrons étrangers font d’ailleurs un détour dans cette vaste zone qui entoure le port d’une ville minuscule. Le lieu n’a pas été choisi par hasard: Mariel est le port le plus proche des Etats-Unis. C’est aussi celui d’où sont partis au printemps 1980 pas moins de 125.000 opposants au régime – les « Marielitos » – entassés dans des bateaux pour gagner les côtes américaines.

Quatre ans après son inauguration, une trentaine d’entreprises a obtenu l’autorisation de s’installer à Mariel, mais seule une dizaine d’entre elles sont opérationnelles. Le palmarès est loin d’être déshonorant, avec des noms comme Bouygues, Unilever, Nestlé, CMA CGM, et même, depuis peu, les groupes américains Caterpillar et John Deere, alors que Mariel figure dans la liste des entités proscrites par Washington. Toutes ont le même client: l’Etat cubain qui achète les marchandises et services pour les commercialiser sur le marché cubain. Même si, à terme, l’objectif est de faire de Mariel un hub tourné vers l’exportation.

Les autorités cubaines, qui espéraient attirer 3 milliards de dollars d’investissements étrangers par an, en sont toutefois encore loin. « Quand Mariel a été inauguré, nombre de multinationales sont venues voirmais très peu ont décidé de candidater », explique Richard Feinberg du Brookings Institute, qui pointe la lourdeur de la buraucratie, et des obstacles comme la nécessité de passer par des agences d’Etat pour embaucher.

Les importants prélèvements opérés par l’Etat renchérissent en outre considérablement le coût de l’emploi par rapport aux îles voisines. «Les résultats sont en dessous des attentes, mais dans le contexte des cinquante dernières années, Mariel est une vraie révolution », tempère Johannes Werner, rédacteur en chef de la revue Cuba Standard, basé à Miami. « Il ne faut pas leur jeter la pierre, abonde Benoît Croonenberghs. En France ou en Belgique, on a un historique industriel de centaines d’années. Ici, ils sont partis d’un champ au bord de la mer ». 

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